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Petit texte d’explication sur ce que cette recherche permet de trouver et à qui elle est destinée.

 
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S’inscrire dans des échelles de temps et d’espace

En matière d'EDD-SI comme pour toute approche du développement durable, la situation à explorer nécessite une investigation des espaces, des temporalités et des rapports de forces.

« L’EDD doit former à une démarche scientifique et prospective, permettant à chaque citoyen d’opérer ses choix et ses engagements en les appuyant sur une réflexion lucide et éclairée. Elle doit également conduire à une réflexion sur les valeurs, à la prise de conscience des responsabilités individuelles et collectives et à la nécessaire solidarité entre les territoires, intra et intergénérationnelle. »
Seconde phase de généralisation de l’éducation au développement durable (EDD)
Circulaire n°2007-077 du 29-3-2007

Les échelles spatiales

L'éducation au développement durable prend en compte un champ spatial élargi et permet aux élèves, et ce quel que soit leur âge, de percevoir les incidences d'une question à divers niveaux : local, régional, national, mondial. Pour reprendre une expression courante : du local au global, et inversement. C’est ainsi la question de l’interdépendance spatiale qui est posée – et son nécessaire corollaire, la solidarité spatiale.

Exemples :

    • l’empreinte écologique : comment les modes de consommation en un point donné affectent à des degrés divers l’ensemble des populations du globe ;
    • l’énergie fossile : comment limiter la consommation ici contribue à limiter l’effet de serre d’origine anthropique à l’échelle mondiale.

Cette dimension spatiale permet d’ancrer la réflexion en matière d’EDD-SI à partir du territoire même de l’établissement scolaire en se fondant sur les dynamiques à l’œuvre en son sein, les tensions qui le traversent, ses acteurs et leurs différents intérêts et stratégies. Ces éléments seront ensuite articulés et mis en perspective à l’échelle globale, en s’appuyant sur les réalités vécues dans d’autres territoires. Comparer l’ici et l’ailleurs permet alors de prendre conscience à la fois de la communauté de problèmes qui traversent les frontières, mais aussi des différentes formes de problématisations formulées ici et là-bas à partir de sujets identiques.

>> voir la rubrique « Découvrir nos vidéos ».

 

Ainsi le local, proche et susceptible de motiver les élèves, de donner lieu à des travaux concrets débouchant sur des actions également concrètes aux effets immédiatement observables et compréhensibles, et le global, qui permet de donner un sens plus vaste à tout cela, se répondent et se nourrissent mutuellement tout en alimentant la réflexion sur l’existence de possibilités d’agir localement, de manière individuelle et collective, en cohérence, voire en articulation avec d’autres initiatives et dynamiques à l’œuvre en différents points du monde.

Comme le souligne Michaela Mayer, l’EDD-SI constitue une invitation à changer de point de vue pour retrouver le sens : « le fait de se mesurer à ceux qui sont lointains, à ceux qui habitent des lieux et sont confrontés à des problèmes apparemment différents des nôtres peut nous aider à nous comprendre nous-mêmes ». Derrière le changement d’échelle spatiale, c’est évidemment la redécouverte et la réappropriation de ce qui est proche, de la culture et du territoire propres qui est en jeu.

Afin de donner corps à cette dimension, l’appui sur des partenaires locaux en lien avec des territoires du Sud (collectivités, associations, établissements scolaires, experts, entreprises…) se révèle très pertinent, voire essentiel.
>> voir la rubrique « Du côté de chez moi ».

Un établissement scolaire peut également envisager à cette fin de s’engager dans la construction d’une démarche d’échange avec un établissement scolaire situé dans un pays du Sud. Il convient à ce titre d’identifier les dynamiques de coopération internationale existantes sur le territoire des collectivités françaises dont dépend l’établissement scolaire rhônalpin (commune, département, région) et, le cas échéant, de se rapprocher des services de ces collectivités qui pourront orienter l’établissement demandeur vers des partenaires potentiels. Le site internet Londoo Tiloo permet également la mise en lien d’établissements scolaires en Rhône-Alpes, dans la région italienne du Piémont et ailleurs !
>> voir la rubrique « Trouver un partenaire à l’international ».

Les échelles temporelles

Si le développement durable tend à faciliter la prise en compte des échéances lointaines, il convient de situer le sujet retenu dans le temps, à l’échelle du temps de l’élève - hier, aujourd'hui, demain - mais aussi à l’échelle du temps long - qu'en était-il autrefois ? Comment imaginer un futur plus lointain ? Comment assurer la solidarité temporelle avec les générations futures ?

On abordera aussi la perception de temporalités variées : le temps des études et des recherches, le temps de la décision, le temps de l'action et le temps des conséquences sont des temps qui peuvent se succéder mais aussi se combiner et qui ont leurs propres vitesses.

Prenons l'exemple de l’accès à l’eau : quels sont les enjeux, sur les plans sanitaire et environnemental, de la situation actuelle de l’accès à l’eau, à l’échelle locale et globale ? Comment les connaissances scientifiques et techniques peuvent-elles contribuer à définir les scénarios possibles des actions à mettre en œuvre pour y faire face aujourd’hui et demain ? Comment les dimensions politique et économique influent-elles sur la durée du processus de décision, et donc de mise en œuvre des solutions retenues ?

La dimension prospective d’une telle approche implique d’aborder la question de l’imprévisibilité des effets, de l’incertitude des résultats, des limites des connaissances scientifiques à un moment donné, et, in fine, de la nécessaire prise de position, en vertu des données disponibles et des données inconnues en cet instant. La question de la responsabilité et du choix individuels et collectifs est alors posé.
>> voir la bulle « éduquer aux choix ».

Les échelles de forces

Il convient alors de rechercher et identifier les acteurs pertinents impliqués directement et indirectement dans le cadre de la problématique posée. Une fois ces différents acteurs identifiés, il convient de mettre en évidence les niveaux d'action et de décision qui les caractérisent, les points d'appui qui sont les leurs, les marges de manœuvre et les alliances possibles.

Prendre en compte les forces en jeu, c’est relativiser le pouvoir et le rôle utile de chacun. Des interventions uniquement fondées sur des convictions militantes, peuvent générer des formes de culpabilisation de l’individu ou particulièrement de l’élève.
Face à l’annonce de telle catastrophe climatique, le danger peut être pour l’individu, une forme de désespérance : que puis-je contre une dynamique aussi puissante ? La parabole du colibri, chère à Pierre Rabhi, revêt un intérêt pour l’éthique, encore faut-il pouvoir l’intégrer dans la pratique à court terme, court terme qui est souvent celui bien naturel des élèves.
La prise en compte des échelles de forces permet de mettre en lumière dans « un système » ce qui est déterminant. La représentation de ces forces par des flèches plus ou moins larges par exemple, illustre le pouvoir de tel acteur ou la faiblesse de tel autre phénomène.
Entre la petite entreprise familiale et la société multinationale, un seul point commun : ce sont toutes deux des entreprises ! Entre la personne et le groupe, une échelle des forces s’exprime, y compris pour la prise de conscience et pour l’action. Entre l’Etat de Malte et la Chine, pas de puissance comparable, mais le problème n’est pas celui de l’insularité : on sait que de petites îles (refuges « off shore » des capitaux puissants) peuvent faire trembler la planète économique.
L’éducation au développement durable clarifie ces hiérarchies d’échelles pour mieux faire émerger le sens de la dynamique, le sens du mouvement et des évolutions possibles. Prendre en compte la réalité des forces de tous les facteurs et de tous les acteurs pour orienter les efforts et peser sur les évolutions : c’est aussi un des leviers d’une prise de conscience citoyenne.

JP Robin, professeur d’économie politique et formateur EDD